Contexte
La Ville de Strasbourg se positionne comme l’une des collectivités les plus dynamiques dans la lutte contre l’exposition de ses habitant-es aux perturbateurs endocriniens. Ces substances, présentes de manière très diverse dans notre quotidien, jouent un rôle dans le dérèglement du fonctionnement hormonal des organismes vivants.
Ainsi, la Ville de Strasbourg a rejoint, par motion au Conseil municipal du lundi 22 janvier 2018, la charte "Villes et territoires sans perturbateurs endocriniens" initiée par le Réseau Environnement Santé (RES) et co-pilote avec la Ville de Paris le groupe "Perturbateurs endocriniens" du Réseau français des Villes-Santé de l’OMS. À ce titre, elle mène diverses actions dans ce domaine : guide pratique à destination des crèches, ateliers de sensibilisation auprès de jardiniers amateurs...
L’objectif poursuivi est donc de prévenir et limiter les risques d’exposition aux perturbateurs endocriniens sur la santé de la femme enceinte ou en parcours de Procréation Médialement Assistée (PMA) et du futur enfant ainsi que l’adoption d’une alimentation saine, locale et durable.

Le projet
Mise en œuvre
Le projet est porté par la Ville de Strasbourg depuis novembre 2022.
Il comprend :
- Deux ateliers de sensibilisation aux perturbateurs endocriniens d'une durée d'1h45 chacun.
- Atelier 1 : Vivre ma grossesse sans perturbateurs endocrinien
- Atelier 2 : Repenser mon assiette, pour mon bébé et la planète
- La mise à disposition gratuite d'un panier de légumes issus de l'agriculture biologique et de circuit court, chaque semaine (pour une durée de 2 à 7 mois, selon les revenus des bénéficiaires).

Ainsi après avoir participé au premier atelier pour comprendre ce qu’est un perturbateur endocrinien, son impact sur la santé où les trouver et comment les réduire, les bénéficiaires peuvent retirer leurs paniers de légumes pendant 2, 4 ou 7 mois en fonction de leur quotient familial. Ensuite, elles peuvent participer au deuxième atelier afin d’apprendre à manger équilibré pour elles et leurs bébés, en évitant les perturbateurs endocriniens, et de comprendre l’importance de bien manger, et découvrir certains aliments et notamment les légumineuses.
Pour s'inscrire et bénéficier de ce dispositif, il faut remplir un formulaire en ligne et faire parvenir une ordonnance remplie par un professionnel de santé et d’un document attestant du Quotient Familial (QF). En effet, la durée de mise à disposition du panier de légumes dépend du quotient familial des participantes. Cela s’étend de 2 à 7 mois, en fonction des situations.
Une première expérimentation en 2019 a permis de mettre au point son déploiement, les éléments suivants ont fait l'objet d'une vigilance :
- Des lieux de collecte des paniers de fruits et légumes sur l'ensemble du territoire de la commune pour assurer la facilité d'accès donc une répartition équitable pour l'ensemble des bénéficiaires.

- L'importance du choix des structures d'accueil des ateliers pour favoriser les échanges et faire connaître le dispositif.
Aujourd'hui, ce sont donc 7 structures (Centres socio-culturels, Centre médico-sociaux, maison de santé) de la ville qui accueillent le dispositif et sont répartis sur 11 des 15 quartiers de la ville avec un accent mis sur les quartiers prioritaires.
Les légumes proviennent de la ferme Saint André située à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg et qui dépend de la Fédération de Charité Caritas Alsace. Cette dernière a été retenue dans le cadre d’un marché public. Il s’agit d’une entreprise d’insertion qui emploie 12 salariés, avec des embauches récentes en 2024. Elle produit les légumes bio, confectionne et assure la livraison des paniers. Un deuxième attributaire, Les jardins de la montagne verte, a été choisi en cas d’impossibilité de la ferme Saint André. La ferme Saint André, en plus de l'approvisionnement, assure également la distribution des paniers avec l'aide de deux associations de Chantiers jeunes en insertion (JEEP et Tapaj). Au total, 14 lieux ont été choisis et sont ouverts sur 18 créneaux horaires pour permettre aux bénéficiaires de récupérer les paniers.
Le dispositif mobilise plusieurs services de la ville et plusieurs élus aux différentes délégations, du fait du caractère transversal de ce projet (santé, action sociale, commande publique, jeunesse et éducation…). Un co-pilotage est assuré par les deux services hygiène et santé environnementale et santé & autonomie. Cela a été aussi le fruit d’une concertation active entre ces services et leurs élus.
Au-delà de l’équipe municipale, la mise en œuvre du dispositif s’appuie beaucoup sur les professionnels de santé qui prescrivent l’ordonnance verte, ainsi que sur les sages-femmes de la Protection maternelle et infantile , les associations d’éducation populaire, ou encore la caisse primaire d’assurance maladie du bas Rhin, qui joue un rôle important pour sensibiliser les personnes qui ont des problèmes de santé et rencontrent des difficultés sociales.
Moyens
Le budget annuel de l’action 2022-2023 pour 800 bénéficiaires était de 345 000 € (270 000€ pour la fourniture des paniers de légumes bio, 45 000€ pour les ateliers de sensibilisation et 30 000€ pour la mobilisation du public). Le principal financeur de ce projet est la ville de Strasbourg avec un budget de plus de 100 000 euros, depuis son lancement en 2022.
Pour accompagner la pérennisation de ce dispositif, un budget de 655 000€ a été voté pour 3 ans de 2024 à 2026 et certaines évolutions sont prévues notamment la mobilisation de co-financements, et de nouveaux partenaires, ou encore la mise en place d’ateliers en soirée ou le samedi.
Les résultats
En 2019-2020, la ville a mené une première expérimentation de sensibilisation aux perturbateurs endocriniens auprès de 100 femmes enceintes. En 2020, l’équipe municipale inscrit le dispositif dans ses promesses de campagne. Après une expérimentation auprès de 800 femmes en 2023, au succès incontestable, la Ville pérennise son dispositif à compter de janvier 2024 pour une durée de 3 ans. Cela représente environ 1500 bénéficiaires par an.

Les ateliers sont évalués très positivement, les participantes apprécient y découvrir les enjeux des perturbateurs endocriniens et d'être sensibilisées aux moyens de s'en protéger au quotidien. Ils suscitent également l'intérêt de leur entourage, puisqu'une vingtaine d'accompagnants (conjoints, parents) ont participé aux ateliers sans y être explicitement invités. Un questionnaire est aussi distribué aux co-parents afin d'évaluer l'impact global du dispositif au sein d'un foyer. 80% des co-parents et proches des bénéficiaires interrogés affirment avoir échangé autour des perturbateurs endocriniens avec la bénéficiaire, depuis sa participation au dispositif de l'ordonnance verte. Cette dynamique permet ainsi de faire évoluer les pratiques et l'adoption de bons gestes par l'ensemble du ménage.
La ville de Strasbourg a également identifié plusieurs conditions de réussite :
- Un fort portage politique
- Une forte implication des partenaires (soignants, CSC CMS, MUS, médiathèque)
- Une grande diffusion médiatique (locale, nationale et internationale)
- Une couverture de l’ensemble du territoire
Et des freins :
- Ressources humaines pour la gestion administrative
- Accompagnement des publics précaires
- Garde d’enfants lors des ateliers
Fiche rédigée par Anouk Pogent, chargée de mission stagiaire, juin 2026
SOURCES :
Ducoeurjoly, D. (2024, avril 23). L’ordonnance verte de la ville de Strasbourg. Territoires Bio. https://territoiresbio.org/agriculture-biologique-et-sante/lordonnance-verte-de-la-ville-de-strasbourg/
Les ordonnances vertes. (2025, juin 25). https://www.bionouvelleaquitaine.com/actualites-bio/les-ordonnances-vertes-quand-le-bio-sinvite-sur-prescription/
Ordonnance verte. (s. d.). Strasbourg.eu. Consulté 5 juin 2026, à l’adresse https://www.strasbourg.eu/ordonnance-verte
Ordonnance verte pour les femmes enceintes à Strasbourg. (s. d.). Consulté 5 juin 2026, à l’adresse https://www.reseau-national-nutrition-sante.fr/fr/ordonnance-verte-pour-ameliorer-la-sante-des-strasbourgeoises-enceintes_-r.html
Dernière modification : 24 Juin 2026.
Ville de Strasbourg
La Ville de Strasbourg s’engage activement en faveur d’une alimentation saine, locale et durable, accessible à toutes et tous dès le plus jeune âge.